Instagram    Facebook    Pinterest    Twitter

Tout te dire

04 juin 2019

Je crois que quand on grandi, il faut réussir à franchir certaines étapes. Parler, mettre des mots, me semble en être une.

J’ai grandi, j’apprends chaque jour de moi, de mes erreurs, des épreuves de la vie. J’apprends à me connaître. Je sais mieux qu’avant ce que je veux, ce que je ne veux plus. Je ne veux plus me taire.

Alors je saute dans le grand vide de cette page blanche. Et puis peut être que tu ne liras jamais ces mots. Et peut être que ce sont d’autres qui te diront qu’ils sont là et que tu devrais les lire.

J’ai expliqué à Maman l’autre soir au téléphone que je me battais depuis 35 ans contre cette peur de l’abandon. Que tout ça n’avait eu de cesse de diriger ma vie et que j’avais compris que ce serait toujours ainsi. Je vis comme ça. Je vis dans la peur de perdre l’amour des gens, peut être parce que j’ai perdu la petite moitié qui m’accompagnait in utero il y a 36 ans, peut être pour autre chose. Je vis comme ça, avec la peur de ne pas être assez bien, assez belle, assez aimante, assez attentionnée, assez disponible, assez gentille. Je vis avec la peur de ne pas être celle qu’il faut et qu’on ne m’aime plus. Qu’on ne m’aime plus et qu’on me laisse.

Je vis avec la peur de la solitude. Je me suis construite entièrement là dessus. Maman m’a dit que ce n’était pas tenable. Elle a sûrement raison. Papa m’a redit combien il m’aimait. Ca m’a fait drôle parce que je ne sais pas s’il me l’avait déjà dit comme ça.

Il y a quelques semaines, habité sans doute par beaucoup de colère, tu m’as dit que tu ne m’avais jamais aimé. Tu as réveillé 35 ans de souffrance, 35 ans de combat contre moi même. Sans doute ignores tu tout de celle que je suis au plus profond de moi. Et sans doute ce n’était que de la colère. Tu as tort, je ne surjoues rien. J’aime les gens, profondément. Et chaque chose que je donne, je le fais avec tout mon cœur et tout ce que je suis. Je venais pour t’aider. Jamais pour t’accabler. Parce qu’il y a ce qui me manque mais il y a aussi ce qu’il me reste.

Et ces mots ne sont pas là pour te reprocher quoique ce soit. Ils sont là parce qu’il faut qu’ils sortent et qu’il faut dire les choses.

Il y a quelques semaines, tu m’as toi aussi abandonnée.

Et ça fait mal.

Ta sœur.

Élodie