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Ma valeur 

29 septembre 2017

Le dernier billet que j'ai publié aura eu le mérite de susciter des réactions. Variées, positives, un peu moins, prévisibles ou non, j'ai eu le temps de les analyser, les digérer pour certaines, d'essayer de les comprendre.

J'ai parlé avec Aude qui s’est insurgé qu’on me refuse l’accès à la cantine, avec Sophie, avec Marie, avec Marion. J’ai écouté, encaissé et le bilan que je dresse n’est finalement pas des plus reluisants.

Je m’explique.

En vous alertant sur cette idée de la solitude je n’ai pas cherché à vous expliquer toute le morosité d’une vie de mère au foyer. J’ai voulu dénoncer ce qu’on en a fait.

J’ai voulu vous dire que du haut de mes trente quatre ans et pour aussi loin que je m’en souvienne, je me rappelle que lorsque j’étais petite fille et qu’à l’école je disais que « maman ne travaille pas » j’étais fière. J’étais fière parce que ça voulait dire pour moi que ma maman était présente, qu’elle serait là pour les sorties scolaires, que non je n’irai pas à la cantine parce qu’elle pouvait venir me chercher à 11h30, que je n’irai pas non plus à l’étude parce qu’à 16h30 elle serait là et superviserait mes devoirs. Le centre de loisirs le mercredi? Non, chez nous souvent le mercredi c’était spectacle au théâtre de notre ville. Avec mes copines, dont les mamans étaient à la maison aussi.

Je ne portais aucun jugement sur les mères de mes copines et qui elles travaillaient. Et je n’en porte toujours pas.

Pour la simple et bonne raison que je considère que la valeur de quelqu’un ne se fait pas là dessus. Alors non, je ne suis pas une femme moins affirmée et moins épanouie. Je n’ai pas le sentiment d’être dépendante de mon mari et de donner une mauvaise image à mes enfants.

Ma valeur ce n’est pas celle là. Ma valeur c’est d’apprendre à mes enfants que chaque mère est libre. Que l’on peut décider d’aller travailler en dehors de la maison, d’avoir un autre rythme. Et que l’on peut décider de rester à la maison pour s’occuper d’eux au moins tant qu’ils sont petits. Que chacun fait ses choix et que l’on fait les choix que la situation de chacun nous permet de faire.

Je suis tombée ce matin sur le statut de mon ami Olivier. Et puis j’ai lu les réactions qu’il avait suscitées. J’ai alors découvert des mamans de l’ombre, plus nombreuses qu’on le croit, des mamans qui s’occupent des enfants, à temps plein, qui cuisinent et cajolent. Et qui, toutes, rappellent leur boulot du quotidien, les difficultés qu’il peut générer. J’aimerais justement qu’on cesse de les oublier, de les dénigrer, de penser qu’elles ont une vie atroce, que leur quotidien s’est de regarder les feuilletons à l’eau de rose entre midi et deux. J’exagère, mais vous aurez compris!

Elles sont comme moi. Elles ont fait le choix de rester à la maison. Mais elles sont plus que ça. Leur valeur, la mienne, ne s’arrête pas à ça. À une fiche de paye qu’on n’a pas, à un bureau qu’on n’a pas.

J’ai parfois le sentiment que ce féminisme qui nous a beaucoup apporté a eu aussi l’effet pervers de mettre dans la tête des femmes qu’être mère au foyer est une régression, qu’on n’est pas une vraie femme, qu’il faut aller travailler, être indépendante.

Je ne souffre d’aucune régression, je suis une vraie femme, je suis indépendante.

Ma valeur n’est pas une étiquette.